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21/05/2015Systèmes d’exploitation souverains : le graal de la souveraineté numérique ? [par Guillaume Tissier, CEIS]

Après la Chine qui a lancé en 2014 un programme de développement d’un système d’exploitation souverain baptisé COS (China Operating System), c’est au tour de la Russie d’engager un programme de développement d’un OS mobile. Le jeune ministre russe des communications, Nikolai Nikiforov, vient ainsi d’annoncer que son pays travaillait avec la start-up finlandaise Jolla sur une version nationale de SailFish OS avec pour objectif de ramener la part des OS Android et iOS sur le marché russe de 95 à 50 % d’ici 2025.

En Russie comme en Chine, ces projets répondent à des considérations à la fois politiques et économiques. Au plan politique, le développement d’OS souverains est perçu comme le meilleur moyen de s’affranchir de la suprématie américaine et de gagner à leur cause certains pays « non-alignés ». La Russie a ainsi proposé aux BRICS de rejoindre le programme de développement du nouvel OS dans un consortium international. Au plan économique, le développement de produits souverains permet de tirer parti de marchés intérieurs importants, ce qui n’est par exemple pas le cas pour l’Europe. Le marché unique numérique reste un rêve que la feuille de route ambitieuse dévoilée début mai 2015 par la Commission européenne peinera sans doute à transformer en réalité en quelques mois.

Le développement de systèmes d’exploitation souverains n’est donc pas à la portée de tout le monde. Il requiert une forte capacité technologique et doit obéir non seulement à une logique politique mais également économique. Le système d’exploitation est en effet un produit générique que l’on ne peut espérer rentabiliser sans des dizaines de millions de déploiement, lesquels permettent à leur tour de créer un écosystème applicatif conséquent. Envisagée en 2010 par les opérateurs télécoms européens, l’idée d’un OS mobile européen avait été rapidement abandonnée. Même chose en 2014 quand Bercy a de nouveau étudié l’opportunité de création d’un OS « made in France ». La Chine, elle-même, n’avait pas obtenu le succès escompté avec le lancement de RedFlag, une distribution Linux  inaugurée en 1999.

Est-ce à dire que sans système d’exploitation souverain il ne peut y avoir de souveraineté numérique ? Non. S’il s’agit de l’un des attributs importants de la souveraineté numérique, ce n’est pas le seul. Il faut y ajouter la maîtrise du matériel, de la couche de virtualisation, du parc applicatif, des infrastructures etc. Impossible de maitriser l’ensemble. Et dans un monde interconnecté, être souverain tout seul ne sert à rien… Au plan industriel, le défi est donc aujourd’hui d’abord de maitriser nos systèmes d’information critiques en en contrôlant les points clés, tant au plan matériel que logiciel. Le second appel à projets du programme d’investissements d’avenir (PIA) sur le numérique met ainsi l’accent sur la sécurité numérique, les logiciels embarqués et le calcul intensif. L’objectif ne doit pas être de courir derrière des trains déjà ratés mais d’embarquer dans les prochains en focalisant nos ressources sur des terrains encore à prendre et où nous disposons déjà de quelques capacités comme dans le domaine des objets connectés.