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05/04/2019Les femmes dans la cybersécurité, on en parle ?

Les femmes dans la cybersécurité, tout le monde en parle, beaucoup s’agitent, mais peu agissent véritablement et efficacement. Car  le mot « féminisation » est devenu un buzzword, et parler du rôle des femmes dans la secteur de la cybersécurité (comme dans d’autres milieux professionnels majoritairement masculins d’ailleurs) est à bien des égards devenu un argument commercial, ou tout du moins marketing : tout événement se doit désormais d’y consacrer un partie de son programme, toute revue un article, toute organisation un projet, une initiative, ou nommer une « ambassadrice », sans compter les innombrables hashtags et campagnes dédiées sur les réseaux sociaux.

Si parler de la place encore trop faible et de la valorisation encore insuffisante des femmes dans la cybersécurité est indispensable en termes de sensibilisation, il va sans dire que le discours doit s’accompagner d’initiatives concrètes pour véritablement faire avancer la cause et initier un changement durable. Car le constat du déséquilibre des genres dans ce secteur, et sur pour ainsi dire tout type de poste (techniques, politiques, de gouvernance, de formation…), n’est plus à faire[1]. En revanche, il reste beaucoup à faire sur le terrain pour permettre une réelle montée en puissance et en responsabilités des femmes, sans qu’elles ne puissent être accusées d’être promues artificiellement au titre d’une très controversée « discrimination positive ».

Le FIC souhaite de son côté faire partie de ceux qui agissent plutôt que de ceux qui en parlent, au point que certaines de nos initiatives en la matière sont passées sous les radars. Certains ont par exemple pu regretter que nous ayons refusé à plusieurs reprises de mettre au programme du FIC un atelier ou une intervention dédiée à la place des femmes dans la cybersécurité – ce qui aurait permis de « cocher la case » et de satisfaire aux exigences du politiquement correct. Mais nous refusons de nous contenter d’un simple artifice cosmétique destiné à gagner des followers. Sans surprise, la place des femmes dans la cybersécurité est une cause qui tient particulièrement à cœur de notre équipe de 10 personnes dont 7 femmes, et nous travaillons continuellement à la faire avancer.

Par exemple, nous nous efforçons d’augmenter chaque année le nombre d’intervenantEs dans les panels pour lesquels nous avons l’initiative des participants (ateliers, masterclass, plénières), avec des objectifs chaque année plus ambitieux. Et ce dans le but de rappeler, et surtout de démontrer, que les femmes sont évidemment capables de parler des mêmes sujets, et avec autant de finesse et de discernement, que leurs homologues masculins, plutôt que de réduire leurs compétences et leur périmètre d’intervention à …elles-mêmes, en les cantonnant à des ateliers dédiés à la place des femmes dans la cybersécurité qui permettent surtout de prendre une belle photo de famille et de cocher la case « féminisation ».

Certes les progrès sont lents et les résultats encore insuffisants : 37 intervenantes féminines pour les ateliers et masterclass en 2019, soit environ 20% seulement. Pourtant les avancées ne sont pas négligeables puisqu’elles étaient 10 de plus que l’année précédente. Et nous avons également accueilli cette année des intervenantes de marque dont UNE ministre, Florence Parly, UNE commissaire européen, Mariya Gabriel, UNE hackeuse, Stephanie VANROELEN, plusieurs représentantEs d’acteurs clés de la société civile (Eleni Kyriakides de l’EPIC, Stella Dineva d’OWASP) et c’est aussi UNE journaliste, Julia Sieger, France 24, qui a animé ces séances plénières. C’est encore une femme, Elly Van Den Heuvel, ancienne directrice de l’agence de cybersécurité néerlandaise, qui préside le nouvellement créé Advisory Board du FIC. Trop peu encore sans doute, mais quel autre événement de ce secteur peut prétendre compter autant de femmes de qualité ?

Nous poursuivrons donc nos efforts pour que l’édition 2020 et les suivantes soient encore plus inclusives, plus « gender-balanced », mais toujours dans une démarche de « petits pas », lentement mais surement, parce que les révolutions sont éphémères et que nous aspirons à un réel changement, durable et pérenne, afin que la parité devienne un non-sujet.

 

Amélie Rives

[1] Parmi les nombreuses études sur ce sujet : https://iamcybersafe.org/wp-content/uploads/2017/03/WomensReport.pdf