Close
  • Français
  • English

Faire face à la révolution numérique : la nécessité d’une formation stratégique et géopolitique

 (par Alix Desforges, GEODE)

La cybersécurité a été largement écartée des programmes des formations techniques dans l’enseignement supérieur. Depuis plusieurs années, l’ANSSI, le ministère des Armées et d’autres acteurs de la cybersécurité en France (industriels, associations de professionnels) ont alerté sur l’angle mort que représente la cybersécurité dans les formations techniques. Cette situation soulève deux enjeux principaux. Le premier est le manque de main d’œuvre formée à la cybersécurité sur le marché du travail. Le second est la diffusion de connaissances élémentaires de cybersécurité à l’ensemble des métiers de l’informatique afin de mieux prendre en compte la dimension sécurité de façon globale. Depuis le milieu des années 2010, des actions concertées entre les différents acteurs français ont été mises en œuvre pour tenter de pallier ces lacunes (par exemple le label SecNumEdu ou la mallette CyberEdu) et la situation évolue même si les dynamiques sont lentes par essence (temps de mise en place de nouvelles offres de formations et de répercussion sur le marché du travail).

Toutefois, les sciences humaines et sociales n’ont, jusqu’à présent, pas ou peu pris leur place dans la prise en compte des enjeux liés à la cybersécurité, notamment dans leur dimension stratégique. Pourtant, l’interconnexion globale des systèmes d’information et de communication et la numérisation généralisée de nos sociétés ont profondément affecté notre organisation sociale et les processus décisionnels qui la modèlent à toutes les échelles. Les décideurs, en entreprises comme dans les administrations, sont désormais confrontés quotidiennement à des enjeux stratégiques liés à l’usage et à la diffusion des technologies numériques. De fait, ces évolutions, accélérées par la crise sanitaire, ont  fait émerger de nouvelles opportunités (économiques, politiques, organisationnelles) comme de nouvelles menaces (cyberattaques à but stratégique, cybercriminalité, actions informationnelles). Elles favorisent la montée en puissance de nouveaux acteurs non-étatiques aux activités transfrontalières et à l’ubiquité inédite qui défient la souveraineté des États. Elles offrent également aux États de nouveaux moyens d’exercer leurs pouvoirs régaliens. En clair, elles transforment ainsi les rapports de pouvoir, à la fois entre les États, mais aussi entre les États, la société civile et le secteur privé. La connaissance de ces enjeux stratégiques et géopolitiques est aujourd’hui essentielle pour les décideurs, dans les entreprises comme dans les administrations.

Le Diplôme Universitaire (DU) “Révolution numérique : enjeux stratégiques et géopolitiques” du centre de recherche et de formation GEODE (Université Paris 8), qui ouvrira sa première session en février 2021, vient répondre à ce besoin. Cette formation s’adresse principalement à des professionnels issus de sciences humaines et sociales ou de sciences de l’informatique et de l’ingénieur, dont des cadres militaires, diplomatiques ou d’entreprises, pour les former aux enjeux stratégiques de la datasphère et aux outils qui permettent d’en exploiter les données disponibles en sources ouvertes. L’approche géopolitique, combinée au maniement d’informations très techniques et le croisement d’immenses volumes de données en sources ouvertes permet de comprendre les relations entre acteurs, les stratégies d’influence, et les éléments d’un conflit géopolitique ou d’un marché sensible.

Cette formation d’un an, qui se tiendra sur le site du campus Condorcet, haut lieu de formation et de recherche pour les humanités numériques, est structurée autour de 12 modules, regroupés sur 2 à 3 jours par mois pour faciliter l’articulation avec la vie professionnelle des participants. Les enseignements, adossés à une forte dimension recherche, mobiliseront une approche résolument pluridisciplinaire, permettant de mettre en lumière les différents enjeux de la révolution numérique qu’ils soient techniques, géopolitiques, diplomatiques, juridiques, ou sociaux.

A l’aube de la révolution numérique, l’enjeu est, pour la France, de réussir sa transformation numérique et maintenir sa capacité d’appréciation et de décision autonomes face aux puissances qui auront fortement investi ces capacités.

Pour plus d’information sur le DU, consulter le site de GEODE : www.geode.science